samedi, 23 septembre, 2017
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L’intelligence artificielle est la bombe atomique du XXI siècle

Est-ce qu’il est juste de dire que l’IoT est une nouvelle révolution technologique ou industrielle, comme Internet l’a été il y a 20 ans et le mobile il y a 10 ans ?

Non. L’IoT n’est pas la nouvelle révolution. L’IoT n’est qu’une partie du prisme.

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En première couche, l’IoT permet d’accumuler les données sur l’usage des objets, qui nous servent au quotidien, de comprendre à travers cet usage ce que nous sommes, comment nous interagissons avec notre environnement pour anticiper nos besoins et nos désirs futurs. Le GPS est un bon exemple : si on prend souvent tel ou tel chemin pour aller d’un point A au point B, c’est une information qui en dit long sur nous et qui est valorisable auprès de multiples acteurs de la chaine de valeur.

Ainsi il existe une deuxième strate, celle du traitement et de l’analyse des données qui permettent d’identifier nos besoins futurs pour nous aider au quotidien. Il s’agit de détecter les tendances et de créer de nouveaux usages, de nouveaux rapports de force entre les marques et les consommateurs.

La vraie révolution c’est l’industrie lourde 4.0 ou la quatrième révolution industrielle, celle de l’usine intelligente. Le concept a été lancé lors du Salon de la technologie industrielle de Hanovre en 2011. La loi Macron va dans le même sens. Il s’agit de digitaliser totalement le processus industriel de production, depuis les relations avec les fournisseurs an amont jusqu’à la livraison aux clients en aval.

Peut-on dire que, par exemple, le marché B2B (exemple : Smart City) est plus porteur que le B2C (exemple : les wearables) ou vice versa ? 

A mon avis, il ne faut pas distinguer le B2B et le B2C à ce stade. Tout ce qui nous facilitera la vie, la rendra plus agréable en temps réel sera porteur. Pour commencer, c’est, bien sûr, la domotique au niveau micro : avec le thermostat qui réglera la température au mieux à l’intérieur de la maison, la cuisine qui vous préparera votre café comme vous l’aimez, etc. C’est aussi la ville du futur, avec ses lumières et ses poubelles intelligentes, au niveau macro. Incontestablement, il faut évoquer tout ce qui tourne autour de la santé et du bien-être, ces deux domaines que l’on peut distinguer ou pas, selon le point de vue qu’on adopte. Mais on peut considérer la partie purement médicale, la santé, comme étant à part, si on parle de l’historique de chaque patient, de son diagnostic et son traitement.

Just Imagine, réalisateur David Butler, 1930 : vision de New York en 1980
Just Imagine, réalisateur David Butler, 1930 : vision de New York en 1980

Le deuxième élément important est tout ce qui permet d’augmenter la productivité. Imaginez qu’aujourd’hui, l’avion qui détecte une panne pendant le vol, communique cette information au satellite, qui à son tour prévient le centre de maintenance au sol, qui commande les pièces de rechange et le service de maintenance. L’équipe de techniciens attend l’avion à l’arrivée et effectue les réparations en 20 minutes, afin de minimiser le temps au sol de l’avion, qui est le cœur de la productivité dans le domaine du transport aérien.

Si on revient au B2C, il s’agira de faciliter la vie du consommateur et d’automatiser les process qui peuvent l’être. Pensez aux courses que vous faites régulièrement : dans 90% de cas vos achats sont les mêmes, vous avez vos goûts, vos habitudes, vos yaourts préférés etc. Le frigo intelligent établira pour vous la liste des courses et vous suggérera des recettes si vous ne savez pas quoi faire avec ce que vous venez d’acheter.

Il faut parler de changement de paradigme. La santé est un bon exemple : le diagnostic sera plus rapide et plus précis, car le médecin aura devant lui la base de données du patient, tout son historique.

Pour rebondir sur votre première question, je serais même dans la provocation : IoT IS HAS BEEN. La connectivité a tout changé. À partir d’aujourd’hui tout sera connecté, il ne sera plus concevable de ne pas être connecté, ce sera devenu un standard. Pensez aux voitures : qui de nos jours achèterait une voiture sans la conduite assistée ? C’est un pré-requis. Ce sera pareil pour la connexion. Ajoutez‑y l’interopérabilité entre tous les objets connectés et l’intelligence. Combiner l’IoT et l’intelligence, voilà la vraie révolution.

Prenons l’objet à la mode qui est le drone de loisirs. La société qui fait notre fierté nationale, une très belle marque, Parrot, a lancé son drone que l’on peut piloter depuis n’importe quel appareil mobile, tablette, smartphone etc., explorer, filmer etc. Mais deux semaines plus tard Hexo+  lançait son drone intelligent qui n’a plus besoin d’être piloté, qui vous suit sans votre intervention. Répondre aujourd’hui au besoin d’aujourd’hui et ne pas être préparé à répondre au besoin de demain est une grande erreur.

Metropolis, réalisateur Fritz Lang, 1927: vision d'une mégapole en 2026
Metropolis, réalisateur Fritz Lang, 1927 : vision d’une mégapole en 2026

On a parlé des produits. Peut-on parler aussi d’un changement de modèle économique ?

La question du modèle économique, c’est en fait la question : « Qui paye et pour quoi ? ». On gagnera l’argent non plus sur le hardware, mais sur le service. Comme Nespresso, qui vend la cafetière, certes, mais qui gagne sa vie sur la vente des capsules, donc, sur des revenus récurrents. Il suffit de regarder les guerres des fabricants autour de la compatibilité des capsules pour le comprendre.

Les avantages que la connectivité et les objets connectés apportent dans notre vie sont évidents. Parlons des challenges et, notamment, du plus gros d’entre eux, celui de la sécurité et de la protection des données. La crainte par rapport à cela reste une barrière importante à l’adoption massive des objets connectés par l’utilisateur final.

Je vous rappelle que nous sommes et serons tous connectés. Il y a des petits et des grands opérateurs, qui ne vont pas résoudre le problème de la même façon. Tout ce qui peut être protégé peut également être hacké, c’est juste une question de temps. Tout le monde se souvient du cas récent, où les hackers ont pris possession d’une voiture connectée. L’histoire a fait le buzz. Mais dites-moi franchement, à qui faites-vous plus confiance pour protéger vos données, à Renault, Peugeot ou Mercedes, qui sont des spécialistes de voitures, donc du hardware, ou à Google ou Facebook, spécialistes du software, qui subissent des millions d’attaques par jour et tiennent la route ? La réponse est simple : tout est dans le software. Reste la question de l’accès continu à l’énergie, parce que sans électricité, pas de technologie.

Et il ne faut pas être paranoïaque. Il faut regarder ce que l’on veut protéger. Si la valeur à protéger est importante et associée à un haut risque, il faut s’adapter et trouver une solution adéquate pour sa protection. Et au contraire, il ne faut pas être parano sur la protection de données sans valeur.

Par contre, il y a les données et il y a des informations privées, ces deux informations n’ont pas la même valeur. On a envie de protéger ses données personnelles ! Par exemple, dans le domaine de la santé il faut les protéger pour assurer une égalité de traitement, ne pas mettre certaines personnes au ban de la société. Votre banque et votre assurance n’ont pas besoin de savoir si vous buvez un ou dix cafés par jour.

Une marque de café voudra bien savoir combien de cafés vous buvez par jour pour vous envoyer ses publicités et promotions personnalisées. Est-ce que cela signifie que la vraie question est « Qui possède les données ? ». Dans une dictature elles peuvent être utilisées avec un tout autre objectif. Autrefois la Stasi espionnait et torturait pour avoir ce genre d’informations. 

Si on parle de la possession juridique, je serai iconoclaste. Je commencerai par la fin. En ce qui concerne le régime politique, la France est le seul pays au monde à avoir voté une loi installant un système de surveillance massive, une loi permettant aux services secrets sans aucune autorisation préalable d’utiliser des opérateurs algorithmiques qui en se basant sur des variables jugeront si vous êtes un terroriste. Le texte prévoit que la levée de l’anonymat des personnes ne se fait même pas sur ordre du président ou du premier ministre, mais d’une personne déléguée par le premier ministre ! Cette loi autorise la surveillance de toute personne sur le territoire national hors de tout cadre juridique. Le seul autre pays au monde à faire cela est la Corée du Nord. Il nous faut un contre-pouvoir, c‘est absolument nécessaire, vital.

Par ailleurs, il existe un marché des données, un marché en soi où elles sont vendues et achetées, il y a des vendeurs et des acheteurs. Là c’est le fabricant des objets qui en a la responsabilité. Si vous voulez parler de la protection des données, toutes les données doivent être cryptées. Les opérateurs cryptent les données, mais ce sont aussi eux qui possèdent la clé, cela n’a pas de sens. Pour garantir la sécurité il faut que chacun ait sa propre clé de cryptage.

La vie des autres, réalisateur Florian Henckel von Donnersmarck, 2006
La vie des autres, réalisateur Florian Henckel von Donnersmarck, 2006

Si la vraie révolution ce n’est pas l’IoT, mais les données, le big data, y aurait-il une discrimination entre les riches et les pauvres, qui n’utiliseraient pas autant d’objets connectés ?

Il existe depuis longtemps une opposition entre les pays du Nord et les pays du Sud, les riches et les pauvres. A partir de maintenant il s’y ajoute une autre couche : l’accès à l’information. Et cet accès change radicalement le rapport de force entre les marques et les consommateurs. C’est une autre grille matricielle. Si le consommateur a accès à l’information, il sera en position de force face à la marque qui sera obligée d’être plus transparente avec lui et lui proposer plus de qualité. En revanche, la marque mettra moins de valeur pour les gens qui n’ont pas accès à l’information. Certes, il y a une corrélation avec le revenu, mais corrélation n’est pas causalité. On peut être pauvre et avoir accès aux données.

Que pensez-vous de la Waldorf School dans la Silicon Valley, une école qui accueille les enfants des cadres de compagnies telles que Google, Facebook etc., mais qui exclue les nouvelles technologies du processus de l’enseignement ? L’école revendique apprendre aux élèves la concentration, la pensée critique, l’interaction humaine, la créativité, la capacité de résoudre des problèmes. Et la question qui en découle : à votre avis, quelles compétences seront nécessaires dans l’avenir pour que l’homme puisse faire face aux technologies qui seront toujours plus performantes que lui ?

Je répondrai franchement. A mon avis, cette école c’est du snobisme, un peu comme l’engouement pour le bio. Si la technologie répond à un besoin, elle a une vraie valeur qu’il est utile d’utiliser. Savoir oublier son smartphone le temps d’un repas et participer à la discussion à table, c’est une question de civisme et d’éducation, rien d’autre. Si vous voulez parler de l’interaction, il existe des technologies qui permettent de l’augmenter. Ces technologies proposent une approche extrêmement personnalisée d’apprentissage, adaptée à votre façon bien à vous d’apprendre. La technologie ne fait qu’accélérer le rythme.

Les compétences d’avenir ? C’est la capacité d’avoir une vision à long terme, d’avoir une stratégie. Il faut des compétences politiques, comportementales, sociétales. Il faut rester autonome, apprendre des langues étrangères, au moins une, même si Skype propose déjà la traduction simultanée. Il faut utiliser la technologie pour se faciliter la vie, mais il ne fait pas devenir dépendant de la technologie. Par exemple, je fais du bateau. Les outils modernes de navigation sont performants et utiles, mais je me dois d’être capable de naviguer aux étoiles, car la techno peut toujours tomber en panne et ce sera une question de vie et de mort. Il faut savoir prendre de la hauteur.

On arrive au rôle de la personnalité, du caractère…

Oui, ce n’est plus une question de technologie, mais de philosophie. Chacun a son caractère personnel et peut décider ce qu’il ferait s’il avait deux heures de temps libre. Il y aura toujours une frange de population qui choisira de regarder la télé, souvenez-vous des humains du futur dans Wall‑E ? Mais on peut aussi utiliser son temps libre pour lire un livre, pour le développement personnel. La technologie donne de la liberté, c’est un outil de liberté. Le comportement moutonnier est plus à l’aise dans une dictature, il est plus facile de suivre que d’être acteur de sa vie.

Wall-E, réalisateur Andrew Stanton, 2008 : vision de la société au début du XXII siècle et 700 ans plus tard
Wall-E, réalisateur Andrew Stanton, 2008 : vision de la société au début du XXII siècle et 700 ans plus tard

Le problème est que toute technologie, qui n’est au final qu’un outil, un instrument, peut être détournée. L’énergie nucléaire apporte l’électricité et la bombe atomique.

On se retrouve face à une rupture, un break, il suffit d’une erreur et ce sera trop tard. La ligne blanche est déjà franchie. On peut déjà contrôler les objets par la pensée. On sait décoder la pensée et la traduire en code binaire et vice versa. On peut donner l’ordre d’agir, de faire quelque chose sans avoir dit ou fait quoi que ce soit. Comme dans le film Inception. On est devant la ligne rouge et cela devient dangereux.

La prochaine étape c’est l’intelligence artificielle. C’est-à-dire, des technologies existent déjà, mais je parle de la supra-méga intelligence, pour laquelle Bill Gates et Stephen Hawking tirent sans cesse la sonnette d’alarme. La vraie intelligence artificielle autonome, capable de prendre des décisions, qui risque de pouvoir prendre le contrôle. Elle sera disponible vers 2035-2040. Et là on se retrouvera face au vrai problème, à l’opposition de l’Homme avec le grand H et de la machine. L’intelligence artificielle est la bombe atomique du XXI siècle sur le marché mondial de la peur. La différence se cache dans les ressources : la bombe atomique requiert de l’uranium, peu disponible. La puce électronique – c’est juste de l’eau et du sable.

Avec ces technologies toujours plus performantes, que restera à l’homme ?

La créativité, la sensibilité, l’âme.

La civilisation de services, quels objets laissera-t-elle derrière elle ?

Les objets restent, mais montent en gamme sur une partie du marché. La technologie est une nouvelle évolution, de nouveaux marchés. Il y a peu on prédisait la disparition du papier, mais le papier n’a pas disparu. Certains consommateurs ont choisi de monter en gamme et écrivent dans des Moleskine.

Le Cri, Edvard Munch, 1893
Le Cri, Edvard Munch, 1893

Un exemple de technologie à laquelle vous ne croyez pas ?

Il y en a beaucoup avec la prolifération de projets. Un brevet a été déposé pour une bague connectée, qui permettrait de contrôler notre environnement. Je trouve que l’usage n’est pas pratique, le geste n’est pas naturel, les hommes n’en portent pas. La montre connectée, oui, pourquoi pas.

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